La biographie
de Tracy

Ecrit par Franck Cochon

Née en Inde, partie vivre un fragment de son enfance au Portugal, adolescente en Espagne avant de s’établir en France : retracer l’itinéraire de Tracy De Sá impose de suivre une route de plusieurs milliers de kilomètres à travers le globe.

De ces pays et ces villes (Goa, Lisbonne, Malaga, Montpellier, Lyon) qui l’ont vu naître et grandir, Tracy n’aura cessé de s’enrichir humainement et culturellement.

Flamenco, reggaeton et R&B bercent ses premières années musicales avant que tout ne soit bouleversé par un choc frontal avec le hip hop. Des cinq disciplines venues du Bronx, elle choisira d’abord la danse, passant le début des années 2000 à vivre aux rythmes des acrobaties et des contorsions, des battles et des affrontements alimentés par l’énergie de compétition du hip hop.

Entre rappeurs, danseurs, graffiti artists et DJ’s, les cloisons étaient poreuses. Et c’est presque normalement que Tracy a saisi un stylo et une feuille pour se mettre au rap. Gestuelle, attitude, état d’esprit militant, tout traduisait déjà en elle une aptitude inexploitée pour la matière.

Les textes de Biggie, de Salt-n-Pepa, de Lauryn Hill ou Lupe Fiasco seront ses premiers katas qu’elle s’exercera à répéter ; leurs beats ses sacs de frappes sur lesquels elle affinera flow et placement. L’anglais est sa langue maternelle, elle va s’appliquer à le faire sonner.

La rencontre avec le chanteur XKAEM, en 2012, pose les bases d’une première collaboration concrète entre soul et rap. D’autant que l’année suivante, en 2013, elle croise la route de Gate. Il est beatmaker, elle rappe, l’alchimie prend instantanément. Le duo durera jusqu’en 2017, laissant derrière lui la mixtape Alpha Female (2014) mais aussi beaucoup de live.

Quand tu écoutes ma musique, tu respires une partie de moi, je peux être légère comme une brise l’été ou je peux te faire étouffer comme la fumé d’un bidi brulant.

Je suis une mosaïque de cultures, de races, de traditions et d’énergies.

La scène, son ring pour lequel elle répète inlassablement accompagné de son complice Comix Delbiagio. Ajuste le détail, perfectionne tout ce qui peut l’être, règle ses shows pour les amener vers toujours plus de perfection, sans temps morts ni place pour l’à-peu-près. La forme doit pouvoir activer les corps et le fond ouvrir et élever les consciences.

Féministe évidente, fière dans un milieu hip hop régi par les hommes, Tracy déroute l’auditeur par ses changements de rythmes imprévus mais maîtrisés, le galvanise de ses rimes guerrières.

Le fait sourire, avec “Battery Low”, de ces drames relatifs que l’on vit quand la batterie du téléphone plonge dans le rouge. Lui fait lever la main en l’air et hocher la tête en cadence sur le manifeste “Bring Back Hip Hop”. Lui parle d’amour, de vie, de doute. Lui raconte l’histoire d’une petite fille partie d’Inde, construite dans le chaos de milliers de kilomètres parcourus.